« Les citations dans mon travail sont comme des voleurs de grands chemins qui surgissent en armes et dépouillent le promeneur de ses convictions » (Walter Benjamin)

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Parerga

Paul Soriano, dimanche 6 avril 2008

Parerga : pluriel de "parergon" (grec) addendums (latin), éléments ajoutés à une œuvre principale.

“Un parergon vient contre, à côté et en plus de l’ergon, du travail fait, de fait, de l’œuvre mais il ne tombe pas à côté, il touche et il coopère, depuis un certain dehors, au-dedans de l’opération... ” (Derrida, La vérité en peinture).

Pour organiser la coexistence pacifique entre vivants, les valeurs [païennes] suffisent, car nous n’avons pas trop de mal à aimer une vie dans laquelle nous sommes, de toute façon, déjà embarqués. Mais nous ne sommes plus très sûrs qu’il vaille la peine de vivre sous ces valeurs et de produire des générations qui le fassent. Pour continuer l’aventure humaine, il faut avoir foi en la vie, croire que c’est toujours un plus grand bien d’être que de ne pas être. Et qui peut fonder cette identité de l’être et du bien, si ce n’est celui que l’on nomme "Dieu" ? Rémi Brague, à propos d’Augustin (Le Monde des Livres, 4/4/08).

Nous ne sommes jamais uniquement des personnes ; nous sommes toujours aussi des Mères, des Géants, des Victimes, des Héros et des Belles au bois dormant.

Titans, Démons et Déesses splendides ont gouverné notre âme pendant des millénaires ; puis Aristote et Descartes firent de leur mieux, et les esprits analytiques qui vinrent après eux continuèrent leur œuvre, mais les forces mythiques n’ont pas été anéanties. Comme ces essais le montrent, le mythique apparaît au sein même du langage, des observations et des théories de la science. La psychanalyse elle-même est une fantaisie de plus soutenue par le mythe qui, une fois décelé, signifierait la fin de l’analyse telle que nous l’avons connue durant ce siècle.

James Hillman, Le Mythe de la psychanalyse, trad. Philippe Mikriammos, Rivages Poche « Petite Bibliothèque », 2006.

" Tous [les hommes et les femmes] pourraient dire, comme le font les Indiens Guarani dans un de leurs chants, “J’existe de manière imparfaite”, car ils voient bien qu’ils sont des êtres de chair et de sang comme les autres animaux, mais cela n’empêche pas qu’ils sont conscients d’exister et qu’à cause de cela ils se sentent apparentés à un état de perfection, de complétude, et même d’illimitation. Aucun de ces groupes humains n’a pu s’empêcher d’imaginer des êtres qui, eux, seraient dotés de ce qui leur fait défaut. Aucun ne s’est contenté de “voir les choses comme elles sont”. " François Flahaut, le sentiment d’exister...

Langage : à la fois ressource pour l’adaptation et cause d’inadaptation. Quelle que soit la limite à laquelle se heurte l’être humain, le langage lui permet toujours d’imaginer un au-delà de cette limite (par exemple : un avant la naissance, un après la mort). N’ayant pas de bornes, l’espace psychique dans lequel loge la conscience de soi encourage celle-ci à nourrir des idées de grandeur. Ainsi, l’étendue virtuelle de notre être excède nécessairement les conditions matérielles et sociales dans lesquelles il se réalise.

(…)

Pour eux aussi [les hommes nus de Nouvelle-Guinée] le monde visible se double de cette nuit infinie dans laquelle chacun, plus ou moins confusément, fait l’expérience de lui-même. Espace non seulement virtuel, mais immatériel, cela pour la simple raison que, contrairement à nos muscles, notre cerveau, matière insensible, ne perçoit pas sa propre activité mais seulement les résultats de celle-ci : perceptions, émotions, sentiments, images, mots, idées, etc. Dans la mesure où l’étendue visible au sein de laquelle chacun de ces hommes nus est présent à lui-même se trouve reliée à celle des autres, chacune d’elle procédant d’un monde commun, elle lui paraît aussi familière que les pierres du foyer et le cercle des huttes. (…) L’infinitude, l’illimitation qui, de manière énigmatique, s’attache à l’étrange expérience de se savoir exister, nous pousse à croire qu’il est dans le monde extérieur certaines réalités qui lui correspondent et l’expriment, mais aussi d’autres qui nous protègent du désarroi et des désirs insatiables que ce vide suscite en nous. A ces croyances s’ajoutent ou se mêlent des récits (comme deux dont les images s’étalent sur nos écrans) dont nous assumons le caractère de fiction mais qui n’en contribuent pas moins, eux aussi, à meubler le vide.

(…)

L’idéal, c’est-à-dire l’existence parfaite, ce serait que l’idéal et la réalité s’accordent, comme dans le cas des chats et des dieux qui sont pleinement ce qu’ils sont.

(…)

Il y a deux manières de remédier à ces discordances, deux moyens contraires, mais qui en pratiquement se mêlent étroitement. D’un côté, affronter la réalité pour mieux s’y adapter. De l’autre, se loger dans un cocon d’artefacts et de représentations qui évitent de se confronter aux discordances.

François Flahault, Le Sentiment d’exister. Ce soi qui ne va pas de soi.
Descartes et Cie, 2002 (p. 87 sqq).

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