« Et si je me trompe, je sais que vous me corrigerez » (Jean-Paul II)

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Hommachine intégral

Paul Soriano, 4 août 2021

Modifié le : 5 août 2021

« Amusez-vous, faites la fête, aimez la musique », recommande le Président… Tout un programme : vous marchiez ? Eh bien dansez maintenant ! Indignez-vous à gogo contre ce passé honni où sévissaient des préjugés qu’on n’a pas fini d’éradiquer, mais oubliez le futur : l’avenir est déjà là, no future, la Révolution est achevée – des lendemains qui chantent et qui dansent, on ne saurait rendre le monde encore meilleur…

Le dernier homme est parmi nous, et le coronavirus n’y est pour rien : « Malheur ! Les temps sont proches du plus méprisable des hommes, qui ne sait plus se mépriser lui-même. » Ou bien alors la fin du monde ; ou l’immortalité pour les nuls. En attendant, on se contentera de naviguer dans les rayons de l’hypermarché, avec un hyper-café du Commerce pour converser.

De tous les slogans de Mai 68, « sous les pavés, la plage » est le plus perspicace. On ne saurait mieux dire la mutation du citoyen révolté en hyper-Touriste, éco-responsable et vertueux, et la métamorphose de la cité en parc d’attractions… Totalitaire ? Non, inclusif !

  • Les temps qui viennent

    Que nous réservent les temps qui viennent ?
    La prévision est difficile, surtout lorsqu’elle concerne l’avenir, avertit l’humoriste.

    Sauf si l’avenir est déjà là ; ou si l’histoire est finie ; ou qu’elle n’a plus de sens, et que tout peut recommencer, comme dans une série sans queue ni tête…
    Après l’ère du Progrès, celle des recyclages, « et en même temps » ? Un Sophiste remarquerait que l’ère du recyclage est peut-être… un progrès, ou qu’on finira bien par recycler aussi le progrès…
    Les séries télé nous ont montré que lorsqu’elle l’histoire est finie, après le dernier épisode de la dernière saison, on peut encore imaginer une « séquelle »… Et si la réalité rejoignait la fiction ?
    Au pire : le post-humain, la fin du monde ? Mais le techno-capitalisme (du transhumanisme aux projets d’émigration extra-terrestre), envisage sérieusement de nous extraire du monde…
    Sauvés ?

    • Homo Creator

      Histoire d’un faiseur d’histoires en passe d’être surmonté ?

      Au départ, une créature plutôt mal équipée par la nature, mais pourvue de langage, d’imagination et de technique, pour se construire lui-même, comme individu et en groupe… Car Homo creator parle et multiplie les discours, qui produisent des effets visibles dans le monde et qui le font marcher…
      Le grand récit de l’évolution darwinienne qui combine l’autorité de la science avec la séduction du mythe explique tout mais suggère de nos jours, un bilan de l’ « aventure humaine » : après cinq siècles de « progrès », le bilan est à bien des égards accablant…
      Qu’est-ce que l’homme, interroge inlassablement le philosophe… Un être fait pour être surmonté ? Vers le post-humain ?

    • Progrès ?

    • Machina sapiens

      Pas plus que le « singe nu », la machine ne peut subsister par soi : elle n’a pas de « soi » !

      Sans elle, il est impuissant, sans lui, elle est insensée ; en toute rigueur, la distinction homme/machine est vaine : chaque terme est requis par la définition de l’autre. Ce qui existe, subsiste et évolue, c’est l’Hommachine, un être hybride, équipé par la technique d’organes externes qui prolongent et amplifient les organes internes, bras, jambes et cerveau. Ce qui n’empêche pas l’échange de compétences – jusqu’où et aux dépens de qui ?

      Machina sapiens : une chimère ?

    • Technocrates

      Maîtres et possesseurs de la technique

      Aliénation de l’« homme » à la technique ? Non, de certains hommes, les plus nombreux, à d’autres hommes, maîtres et possesseurs de la technique.

      Technocrates

    • Hégémonie

      Plus de pères, ni de juges ni même de leaders : des maîtres

      Un régime hégémonique se veut post-politique : la gouvernance plutôt que le gouvernement ; des partis politiques factices ; plus d’opposants, des délinquants ou des « anormaux &#

      187;, ou des « tyrans anachroniques » ; plus de frontières, plus de corps politiques (souverains), en effet, un grand réseau à la place… Totalitaire ? Non, inclusif !

      Mais l’effacement DU politique ne met pas fin à LA politique, bien au contraire : l’Union européenne, qui n’est pas un corps politique, mais où l’on fait beaucoup de (la) politique, illustre bien ce paradoxe… L’amenuisement des enjeux ne dissuade pas de jouer…

    • Europe

      Un objet politique non identifié (Jacques Delors)

      No heaven, no hell, no countries, no religion, no possessions…
      A brotherhood of man
      I hope someday you’ll join us
      And the world will be as one

      (John Lennon, Imagine)

      L’Union européenne, qui est une espèce de banc d’essai du régime hégémonique, en affiche les traits essentiels : le global et le sans frontières, la technocratie post-politique, la disqualification des opposants (les brexiters sont « fous », « menteurs », etc.), la virulence des retours du refoulé, y compris la fièvre identitaire… Et surtout la sortie de l’histoire.

    • Soft power

      Là où le hard power contraint et détruit les corps ; le soft power contraint et « déconstruit » les esprits et les âmes, pour les reconditionner.

      Les « armes » du soft power sont des productions culturelles au sens large, de la langue (le globish) aux comportements, en passant par les « idées » et « valeurs »… Une religion invisible diffuse ainsi sans relâche son prêchi prêcha socialement correct, via l’information, la fiction (séries télé), la pop music, le showbiz et la publicité. En permanence connectés, ses fidèles, sont des « porteurs sains », infectés et convertis par une idéo-pandémie sans même le savoir…
      Aux rythmes d’une culture sans frontières – le rythme, médium total, saisit d’un seul mouvement le corps, l’âme et l’esprit, parole et musique – le métronome (maîtronome ?) se montre plus intrusif que le sabre et le goupillon.

      Et à la différence des institutions qui refroidissent et durcissent les passions, les plateformes techniques (les « réseaux sociaux ») les libèrent anarchiquement, et en favorisent la propagation « virale » (le « virus #hashtag »)…

      L’idéologie de la communication (de l’interconnexion) qui enrichit les GAFA, rejoint celle du marché : que sont les réseaux sociaux, à leurs yeux, sinon un hypermarché, avec un hyper-café du Commerce pour converser ?

    • Catéchisme

      Les cons corrects ça ose tout… (d’après Michel Audiard)

      La religion dominante aujourd’hui, en Occident et au-delà, sans curés ni institution ni dogmes avoués, échappe à notre vigilante laïcité.

      Une religiosité inavouée, (…)

      Une religiosité inavouée, combine néo-protestantisme, culte du business et de l’entertainment, et technologie (« S’il est une religion proprement américaine c’est bien la religion de la technologie » dit le médiologue américain Nicholas Carr)… Mais ce soft power vise lui aussi les esprits et les âmes, via les productions de ce qu’il est convenu d’appeler la « pop culture », et diffuse sans relâche un prêchi prêcha virulent, socialement correct : moralisme répressif et victimisme dépressif, mauvaise conscience et aspiration à un monde meilleur (a better world to live in)… Le tout via une langue (le globish) et un lexique, des idées, des « valeurs » et des comportements ; et par tous les canaux : information et fiction, cinéma et séries télé, showbiz et pop musique, publicité, etc.
      La pop culture opère à la manière d’une pandémie virale – infodémie et idéodémie affectent l’information et les idées – dont les porteurs sains ignorent ce qu’ils véhiculent : les « pratiquants » ne se doutent pas que le catéchisme est embedded : on se convertit et on communie sans même le savoir. Cool !

      Du remède de Loréal contre le mâle blanc à la misogynie des Muses, en passant par la Bohème recolorisée, les castings anti-discrimination, le conformisme anticonformiste et l’effondrement de l’info-diversité… les petits Inquisiteurs ont les moyens de nous faire taire.
      Petit échantillon de prêchi prêcha socialement correct. En langue de poix (quand les mots engluent le discours) garanti d’origine.

      La religion dominante

    • Homo Ludens

      Ne dites pas à ma mère que je suis bobo, elle me croit gilet jaune

      « Amusez-vous, faites la fête, aimez la musique » (Emmanuel Macron).

      Une trottinette dans une ruelle du Puy-en-Velay, un petit pain sans gluten sur le plateau-repas de Régis Debray : cool ! A défaut de surhomme, Nietzsche nous a laissé le portrait du « dernier homme », autant dire notre « bobo » contemporain, Touriste intégral, gibier de parc humain et de jeux vidéo pour assouvir innocemment ses « passions les plus abjectes » de manière cathartique.

      Homo ludens

      (Intégral).

    • Résistances

      Le plus surprenant dans un régime d’hégémonie, c’est qu’il puisse encore se trouver des réfractaires et des résistants…

      Là où il n’y a plus d’opposants légitimes, plus d’« autre », plus d’extérieur en somme, la résistance, logiquement, ne peut venir que de l’intérieur. On peut exploiter les failles et les bugs du soft power, comme le font les *hackeurs, tenter de le « retourner » ; mais il finit par se retourner lui-même contre lui-même, comme s’il était porté à s’autodétruire, ironiquement…
      Le conditionnement ne fonctionne pas si bien : en témoignent ses surenchères, l’aggravation de la censure et la multiplication des entreprises de « rétablissement de la vérité ».
      La viralité du système n’est pas non plus sans danger pour lui-même : virus informatique, virus infodémique ou idéodémique ; même le virus naturel (celui de la Covid en l’occurrence) a tué… plus d’une imposture bien-pensante…
      Naguère encensés, désormais vilipendés, les réseaux sociaux restent, à défaut de démocratie participative, un précieux contre-pouvoir…

      Mais l’ennemi le plus redoutable du système c’est encore et toujours cette arme de destruction massive des bobards et calembredaines : le sens commun. Et le retour au réalisme dont il est porteur…

      Résistances

    • Posthumain

      Le dernier homme est parmi nous, et le coronavirus n’y est pour rien.

      « Malheur ! Les temps sont proches où l’homme ne mettra plus d’étoile au monde. Malheur ! Les temps sont proches du plus méprisable des hommes, qui ne sait plus se mépriser lui-même. »
      La possibilité du nihil ?

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