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En guise de synthèse

Paul Soriano, 9 juillet 2021

Modifié le : 21 juillet 2021

L’homme et la machine ? Sur une Terre dévastée par son « maître et possesseur » insouciant, certains vont jusqu’à imaginer, craindre ou espérer que Machina sapiens prenne le relais… Il est vrai qu’après cinq siècles de « progrès », trois siècles de « Lumières », le bilan est à bien des égards accablant… Mais il est plus vraisemblable que les maîtres et possesseurs de la… technique, les « technocrates », exercent leur hégémonie sur un dernier homme « émancipé » des penchants et péchés originels qui faisaient de lui un être humain – trop humain ?

Qu’est-ce que l’homme ? Au départ, une créature plutôt mal équipée, un singe nu qui doit s’habiller, mais pourvu de langage, d’imagination et de technique, pour se construire lui-même, comme individu et en groupe ; pourvu de libido pour se reproduire mais qui préfère en jouir, et d’agressivité pour se détruire lui-même, comme individu et en groupe.

Homo creator multiplie les discours, qui le font marcher et produisent d’autres effets dans le monde… Le discours darwinien de l’évolution explique tout ou presque, en combinant l’autorité de la science avec la séduction du mythe ; comme toute série à succès, notre dernier grand récit appelle une « séquelle » : quelle sera la prochaine étape ? Au vu du bilan, on serait tenté d’envisager un successeur à notre faiseur d’histoires. Vers le post-humain ?

Mais Machina sapiens n’est qu’une chimère mystifiante qui masque la réalité des rapports de force entre dominés et dominants, ces « technocrates » qui opèrent les machines et les systèmes – même s’ils sont, eux aussi, opérés par eux à leur insu…

Si l’on adopte la distinction proposée par Jean Baudrillard entre « domination » et « hégémonie », le monde serait passé, au tournant du siècle, d’un régime de domination politique soutenu par un hard power militaire, à un régime hégémonique, post-politique, assis sur un soft power technique et idéologique, « en réseau ».

Le hard power contraint et détruit les corps ; le soft power contraint et « déconstruit » les esprits et les âmes, pour les conditionner » ; ses armes sont des productions culturelles, au sens large : une langue (le globish), des idées, des « valeurs » et des comportements ; et des canaux multiples : l’information et la fiction, le showbiz et la pop-culture, la publicité…

Inspirée par une religion inavouée, qui combine néo-protestantisme, culte du business et de l’entertainment, et technologie (« S’il est une religion proprement américaine c’est bien la religion de la technologie » nous dit le médiologue américain Nicholas Carr), la pop culture opère à la manière d’une pandémie virale dont les porteurs sains ignorent ce qu’ils véhiculent, convertis par une idéo-pandémie sans même le savoir… Cool !

L’homme voulu et façonné par l’hégémonie, ce paquet de données dans le Cloud, nous l’appellerons Homo ludens : un homme sans qualités, émancipé des attributs spécifiques qui faisaient de lui un sapiens, politicus, etc. Un être humain, en somme…

L’avenir est déjà là, no future, la Révolution achevée, on ne peut pas rendre le monde encore meilleur…

Le plus surprenant, c’est qu’il puisse encore se trouver des résistants. Et pourtant…