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Avant de disparaître : manuel de survie

Post-humain ?

Paul Soriano, 22 mai 2021

Modifié le : 22 mai 2021

Mode éphémère dans certains milieux intellectuels avancés ou bien réalité dans laquelle nous (les mutants contemporains) serions déjà engagés ? Ni l’une ni l’autre, sans doute : la tentation de l’homme nouveau est bien plus qu’une mode, et elle n’a rien de… nouveau.

« Mais s’il existe une chose un milliard de fois plus intelligente que l’humain le plus intelligent, comment l’appelleriez-vous ? » (un ancien ingénieur chez Google, fondateur de l’Église Way of the Future).

On peut certes, comme c’est le cas aujourd’hui, envisager de prendre congé de l’humain en passant le relais à la machine. Mais il y d’autres façons de le faire et d’autres orientations : vers le pré-humain (animal), le surhumain, ou le plus qu’humain (vous serez comme des dieux, promet… Satan). Ou encore vers l’inhumain (indigne d’une certaine idée de l’homme), etc.

Le post-humain est pourtant exclusivement anthropologique : aucun autre animal n’envisage d’échapper à sa condition et les animaux ne produisent pas non plus d’Animal Studies. Le rejet de l’anthropocentrisme pousse paradoxalement celui-ci à l’extrême, par projection de valeurs humaines sur le monde vivant, en général dans la perspective morale de l’universellement correct : au-delà de la simple bienveillance, l’animalisme envisage d’étendre aux animaux (en attendant les végétaux ?) des droits humains dits… « naturels » ; le post-humain, ultime avancée de l’anthropocène ?

Ce n’est pas l’âme (comme faculté d’être affecté) qui distingue l’homme de l’animal, dont le nom suggère déjà qu’il en est pourvu, « animé » – même les végétaux seraient, selon les Anciens, pourvus d’une « âme végétative » ; serait-ce plutôt le corps, bien qu’on n’observe pas de franche rupture avec celui des primates ? L’esprit ? Là encore, on peut en discuter…

Quelle différence spécifique alors, sinon le manque et tout ce qui s’en suit ? Ce manque est constaté aussi bien par les savants (absence de certains organes, carence d’instincts sociaux…) que par les poètes : « L’homme est un animal en état de manque. Même quand il a du pain, de l’argent, de l’amour, un partenaire aux échecs, quand il ne manque de rien, il se débrouille pour manquer de quelque chose » (Jacques A. Bertrand).

Chichement équipé par la Nature, ce mécontent doit donc se construire lui-même (Homo Creator) mais toujours de manière contingente (ce qu’il a fait peut toujours être défait) et donc toujours enclin à (se) « changer », comme individu ou collectivement, pour un monde meilleur, ici-bas ou dans un « autre monde ». La construction de soi appelle tôt ou tard une « déconstruction ». C’est toutefois en Occident, à l’ère moderne, que cette déconstruction a pris un tour systématique, jusqu’à assigner à la technologie mission de changer l’espèce…

Mal équipé, « pas fini », mais pourvu d’une imagination qui le porte à « fantasmer » le comblement de ses manques et la satisfaction de ses désirs l’homme est un fabulateur qui se cherche opiniâtrement des raisons d’être, et n’a de cesse de les réfuter.

Il faut bien qu’il y ait une raison, sinon « il n’y a pas de raison de… » – de raison d’obéir, par exemple ; d’où la série d’arguments d’autorité majuscule : Dieu, la Nature, la Loi morale, la Raison justement ; ou bien encore la Tradition (on a toujours fait comme ça)… Et, plus récemment, cet avatar de la raison qu’est l’intérêt bien compris et mesuré, dans une société de marché qui tente d’accorder les désirs, malheureusement plus mimétiques (René Girard) que complémentaires…

La religion (un autre monde, juste et ordonné), la philosophie « critique » et le combat politique pour un monde meilleur s’inscrivent dans cette course-poursuite, cette alternance de constructions et de déconstructions ; en termes politiques : la « droite » édifiante et la « gauche » critique.

Homo Creator est donc aussi un parfait « nihiliste », toujours exposé à des retours du refoulé, un névrosé (schizo, parano, hystéro et bipolaire), et volontiers toxicomane… D’autres diront : un artiste…

Sur le tard, il entend même s’émanciper de ce qu’il n’a pas créé lui-même, y compris l’humain : avec la machine intelligente, le Verbe créateur, affranchi de tout référent réel (des signes à la place des choses), le cède au Code, au langage-machine… La machine, solution définitive à la contingence ?


Il existe déjà un dictionnaire du post-humain (Posthuman Glossary, 2018) qui compte 600 pages. On y relève quelques entrées amusantes voire cocasses (Radical Mediocrity, Gaga Feminism… ou encore Real Cool Ethics) et parfois troublantes : Posthuman Disability (invalidité) and DisHuman Studies, Placenta Politics (politique du placenta ?), ainsi que l’inévitable Zombie. Mais, pour le reste, il mérite examen…