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Qu’est-ce que l’homme ?

Un être en état de manque

Paul Soriano, 11 juillet 2021

Modifié le : 11 juillet 2021

Qu’est-ce que l’homme, interroge le philosophe, dès les origines… On attend toujours la bonne réponse : on en sait davantage sur la puce et l’éléphant que sur Homo, pourtant sapiens

On dira qu’un « sujet » n’est pas une chose et ne peut donc être défini : mais pourquoi alors poser la question ? Seuls les athées demandent « qu’est-ce que Dieu ? », les vrais croyants, eux, connaissent la réponse : « je suis celui qui est » (en bref : « je »).

Quoi qu’il en soit, l’homme se heurte à un problème d’identité ; le plus souvent, il en souffre, mais il lui arrive aussi d’en tirer parti : « Je n’étais pas moi-même » dit le tueur pour atténuer sa responsabilité ; et de même, collectivement : les crimes de Vichy, ce n’était pas la France ! Et d’ailleurs, chacun sait désormais que l’identité nationale c’est du roman…

Oubliant un peu trop facilement d’où il vient (son nombril devrait pourtant le lui rappeler), Homo fabulator multiplie les grands discours généalogiques en vue de s’arracher à une condition au départ animale, sans jamais parvenir à une définition universellement crédible de soi-même. On a beau multiplier les qualificatifs (en latin), Homo reste à ses propres yeux un objet vivant non identifié, un OVNI.

Différence spécifique

Ce n’est pas l’âme (comme faculté d’être affecté) qui distingue l’homme de la bête, dont le nom, « animal » suggère déjà qu’il en est pourvu, animé – même les végétaux, selon les Anciens, seraient pourvus d’une « âme végétative » ; serait-ce plutôt le corps, bien qu’on n’observe pas de franche rupture avec celui des primates ? L’esprit ? Là encore, on peut en discuter…

« L’homme est un animal en état de manque. Même quand il a du pain, de l’argent, de l’amour, un partenaire aux échecs, quand il ne manque de rien, il se débrouille pour manquer de quelque chose » (Jacques A. Bertrand). Et les savants confirment l’opinion du poète : absence de certains organes, carence d’instincts sociaux… Et si la différence spécifique était ce manque, justement, les autres (le langage et la technique, l’imagination et la libido…) en étant des compensations, pour ainsi dire ?

Du coup, ce mécontent structurel doit donc se construire et se reconstruire lui-même, comme individu et en groupe, pris entre l’ange et la bête, entre l’animal et les dieux… Le post-humain, non une « nouvelle étape de l’évolution », mais l’expression même de la condition humaine ?