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Hommachine

Société numérique

Une entreprise de déshumanisation

Paul Soriano, 1er juillet 2021

Modifié le : 29 septembre 2021

La « société numérique » opérée par les « GAFA », a pu être qualifiée d’« entreprise rationnelle, bienveillante (de moins en moins), bien-pensante (de plus en plus), ludique, et toujours lucrative de déshumanisation. » Post-humain ?

En tout cas, des activités naguère considérées comme « spécifiquement humaines » se trouvent aujourd’hui dépassées, « obsolètes », pour le dire en langage techno, dans un monde que caractérisent assez bien trois préfixes [1] : post- (ce qui est donc dépassé), néo- (ce qui fait retour) et trans-, pour transgression, dépassement de toutes les limites ; à commencer par les frontières politiques, et jusqu’aux frontières ontologiques qui déterminaient les êtres dans l’ancien monde, le genre par exemple et tout ce qui doit être pareillement transgressé, trans-, pour n’être pas invented here : à la différence du jardinier ou du cultivateur (celui qui prenait soin de la Terre, autrefois) le Démiurge est un self made man qui entend refaire le monde aussi, pour le rendre meilleur, cela va de soi.

Post-politique, post-historique, post-religieux et post-symbolique, post-culturel (la culture réduite à une accumulation de connaissances immédiatement accessibles, sans médiation, ou d’ « expériences » dont raffole l’art post-contemporain), voire post-social – les réseaux « sociaux » comme degré zéro de la société, l’ « extase du social » (Baudrillard) dans la « communication ».

D’où le « néo », car tout ce qui est ainsi refoulé tend – c’est humain ! – à faire retour, soit en mode nostalgique ou ludique (et commercial) à l’image du vintage, soit en mode névrotique comme « retour du refoulé », à l’exemple de la fièvre identitaire, qui viralise, et à droite et à gauche, si ces mots ont encore un sens.

Post-historique, post-politique

Post-historique ? Interrompu le temps linéaire des siècles de progrès, oubliés le temps long de la croissance (du vivant) et le temps intermédiaire de la culture qui est aussi celui de la transmission, place au « temps réel » (irréel en fait) des machines, au temps de la communication, et au temps circulaire du recyclage, terme de l’époque, et pas seulement pour ses déchets.

Bien qu’on ait appris depuis longtemps à jouer avec le temps, dans la fiction (y compris la fiction historique), le numérique, pour le coup, c’est la machine à démonter le temps… D’où le retour aussi des fantasmes d’immortalité car si « on ne répare pas un marronnier [2] », on sait parfaitement réparer les machines…

Post-politique ? Sous l’empire du Bien, les opposants sont plus ou moins anormaux  : délinquants, déséquilibrés – on le serait à moins ; les dirigeants politiques réfractaires sont vus comme des tyrans anachroniques : le « tsar » Poutine, le « sultan » Erdogan, l’« empereur » Xi-Yinpig… Une révolte (de manière exemplaire, celles des Gilets jaunes en France) s’y trouve dépouillée de toute dimension politique, pour devenir un simple « mouvement social », sinon un autre accès de fièvre, dont il faut bien réprimer fiévreusement les excès, hélas… En attendant de lui trouver une thérapie… dans cet asile (pour mémoire, la Nef des fous) où l’on croirait parfois que les patients ont pris le pouvoir.

On qualifierait volontiers ce régime hégémonique de « totalitaire » si ce terme n’avait trouvé un synonyme positif : inclusif.

En tout cas, notre technocrate est confronté à un problème de « gouvernance » : ses prédécesseurs positivistes entendaient déjà substituer l’administration de choses au gouvernement des personnes, place à l’administration des datas, et des algorithmes qui les traitent. Trois fonctions classiques du pouvoir, surveiller, réprimer, convaincre se combinent désormais avec la « dataïsation » – le terme est affreux mais pas plus que ce qu’il désigne.

Dataïsation

La numérisation intégrale du sujet



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