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Quoi de neuf en politique ?

La droite et la gauche, dans de nouvelles combinaisons !

Paul Soriano, 4 février 2020

Modifié le : 21 mars 2020

Pour comprendre ce qui pourrait arriver chez nous, il serait judicieux de regarder ailleurs, vers l’Italie qui a toujours une combinazione d’avance ; ou vers le Royaume-Uni où le bouffon de la Reine fait sa révolution tranquille. Essai de politique fiction… inspirée par deux histoires vraies.

On a pu dire que les Italiens ont inventé le macronisme trois ans avant Macron. Si vous en doutez, voici ce qu’on disait de Matteo Renzi, en juin 2014 : Renzi plaît parce qu’il est jeune, parce qu’il s’adresse au monde en anglais (sa loi travail s’appelle carrément Job Act) ; « parce qu’il renouvelle le désespérant paysage. Parce que certains Italiens voient sûrement en lui une sorte de Grillo propre » (Daniel Schneidermann). Retenons ce « Grillo propre ». Programme commun à nos deux wonder boys  : moderniser ou plutôt normaliser l’Italie/la France à l’aune de la « mondialisation libérale » – marque déposée et opposée aux « discours-de-haine-et-de-repli-sur-soi.

Partis politiques éphémères

Une différence importante, toutefois : Renzi reste attaché à son parti d’origine (le PD, héritier du vieux PCI). Erreur fatale ! Il va se voir promptement balayé par la montée d’un parti populiste anti-partis cinq étoiles, le M5S… Mieux avisé et instruit par le précédent Ségolène Royal dont la campagne présidentielle de 2007 fut sabotée par le PS, Macron, lui, crée son propre parti populiste  ; plus précisément populiste-élitiste, car notre président est friand d’oxymores. Un peu comme si Renzi avait quitté le PD pour prendre la tête du M5S… Quand les Français empruntent un modèle, ils ne peuvent s’empêcher de l’améliorer.

Renzi éliminé laisse la place à un couple mal assorti en dépit de leur commun populisme. Aux élections de 2018, la Ligue gagne le Nord, le M5S le Sud, ils se disent que leur alliance leur permettrait de ramasser le tout. Bien vu, pourvu que ça dure, mais ça ne dure pas. Suit un incroyable retournement d’alliances opéré aux dépens d’un Salvini médusé : joli coup dont l’artisan principal serait du reste… Renzi, actionnant en sous-main la marionnette Giuseppe Conte !

Manifestement plus doué en coulisses que sur scène, et s’inspirant cette fois du Français, Renzi fonde à son tour, tardivement, son propre parti (Italia Viva, l’Italie en marche ?). Pas de chance, le PD qu’il a quitté vient de prendre sa revanche sans lui, ou plutôt de résister victorieusement, sur les terres du communisme à la bolognaise ! Salvini, pour sa part, remporte (avec Berlu, l’increvable) la Calabre, dans ce Mezzogiorno que sa Ligue couvrait d’opprobre (restons polis) il n’y a pas si longtemps… Quel imbroglio  ! Plus spectaculaire encore : l’effondrement du M5S, dont les troupes et les électeurs fuient en désordre, qui vers la Ligue (à droite), qui vers le PD (à gauche). Retour à la normale, en somme, à cette bonne vieille polarisation que les plus fins politologues, de droite et de gauche, avaient unanimement enterrée. Certes, on n’exclut pas de nouveaux rebondissements, mais tout de même…

Mutatis mutandis, comme disaient les anciens Italiens, qu’en est-il de ce côté-ci des Alpes ?

Résumons. Macron = Renzi + Grillo (propre). LREM = M5S ? Bouffonnerie à part (et encore…), le parti macroniste, lui-même assez virtuel, s’apparente du moins au M5S en tant qu’arme de destruction massive du système des partis. Et surtout : l’un est l’autre sont probablement des partis éphémères, à la manière des boutiques du même nom.

LREM va-t-il connaître, après usage, le même destin et se faire à son tour siphonner (mais par qui ?) pour redonner la main à un couple progressistes-conservateurs de bon aloi ? C’est là qu’il faut à présent se tourner vers le Royaume-Uni.

Les Yellow Vests à Westminster

Un prénom russe et un grand-père politicien ottoman, Boris Johnson a de qui tenir. De son nom complet Alexander Boris de Pfeffel Johnson, ça ne s’invente pas… Un bouffon ? Il roule ses adversaires dans la farine en amusant la galerie. « Pire que Trump », se gaussait la presse aveuglée par leur commune exubérance capillaire. Sauf que cinq ans avant son entrée au 10 Downing Street, il publie une biographie de Churchill. Tiens, tiens...

Aujourd’hui assis dans le fauteuil de son idole, il est peut-être en train d’opérer une petite révolution. Ou plutôt de revenir aux fondamentaux. À l’origine, en effet, le parti Tory n’était pas « libéral » (c’est son adversaire, le parti « Whig », qui l’était) mais bien conservateur conservateur « Conservateur : homme d’Etat féru des maux déjà existants, à la différence du Libéral qui désire les remplacer par d’autres »
(Ambrose Bierce)
, et conservateur d’abord de… l’identité Identité « OK Then. If I’m not me, who the hell am I ? » ("qui suis-je donc, si je ne suis pas moi ?). Douglas Quaid, interprété par Arnold Schwarzenegger, dans le film Total Recall de Paul Verhoeven, 1990. britannique. Anti-Brexit mais fair-play, l’historien Ian Kershaw avoue : « je n’ai pas compris que la question de l’identité prenait le pas sur tout le reste, y compris les intérêts économiques et personnels » : Zemmour, sort de ce corps !

Ses gilets jaunes, Boris les préfère au Parlement en costume trois-pièces, plutôt que dans la rue en Yellow Vest. Et quant à son M5S (UKIP), il l’a tout simplement avalé. Et digéré.

Et côté français alors, qui ? On se gardera bien de répondre, vu que le prétendant le plus ressemblant (au physique) a sombré – Laurent Wauquiez, vous vous souvenez ? Pour ce qui est d’avaler et digérer le RN il faudrait l’estomac de… Sarkozy. Tiens, au fait, et Sarkozy ? Il travaille peut-être à une biographie du général de Gaulle, qui sait ?