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Nature

L’immortalité : rien de plus banal…

L’immortalité pour les nuls

Paul Soriano, 17 mai 2021

Modifié le : 2 août 2021

L’immortalité ? Rien de plus banal, mais il n’est pas très judicieux de la rechercher du côté de la technique, c’est plutôt côté Nature qu’il faudrait regarder… Mais il n’est peut-être pas très judicieux non plus de croire qu’il y deux côtés…

Inscrite autrefois dans le champ du religieux ou de la magie, l’immortalité est aujourd’hui recyclée dans celui de la technique, encore que la relation du « transhumanisme » à la technologie relève à l’évidence de la foi, ce qui n’est pas pour surprendre : cette idéologie bizarre a en effet surgi dans un Fantasyland californien tout imprégné de religiosité…

Lorsque la technique prend le relais de l’imaginaire, on n’est pas loin de savoir greffer des ailes à un cheval ou de réparer les corps jusqu’à déjouer leur obsolescence programmée.

Dans le monde vivant, où la biomasse est composée à 99 % de végétaux, l’immortalité est plutôt la règle, étant entendu que l’immortalité biologique ne vous met pas à l’abri de l’accident ou des prédateurs… Les graines, spores et bactéries sont pratiquement immortels. Un arbre peut espérer vivre plusieurs millénaires, individuellement, et bien davantage en se dupliquant (par combinaison de troncs). Côté animaux, ceux qui vivent le plus longtemps (coraux, tartigrade, rat-taupe, tortue, baleine…) ne sont pas très cotés dans l’échelle de nos valeurs, ce qui en dit peut-être long… Les hydres et les langoustes, pour leur part, semble dotées de dispositifs anti-âge, tandis qu’une certaine méduse turritopsis serait apte à inverser le processus de vieillissement. D’autres bestioles encore survivent même aux agressions en se régénérant.

Soyons sérieux : malgré ses prétentions absurdes (« maître et possesseur de la nature »), l’homme est bien incapable de détruire la vie sur Terre. Nous aurons beau maltraiter la nature, elle attend patiemment notre disparition pour reprendre ses droits, ad vitam aeternam, après avoir réparé nos dégâts. C’est déjà ce qu’on observe dans la région de Tchernobyl : trente ans après la catastrophe nucléaire, le site est en train de devenir une réserve naturelle, d’autant plus vigoureuse que les hommes y sont toujours interdits de séjour.

De manière générale (avec de mystérieuses exceptions) la nature semble récompenser simplicité, frugalité et chasteté, tandis que les sybarites agressifs et sophistiqués se voient infliger le vieillissement et la peine de mort. La reproduction fondée sur la sexualité (et le plaisir associé) réduit logiquement l’espérance de vie des individus : dès lors que leur progéniture est elle-même apte à se reproduire ils peuvent dépérir et disparaître sans dommage pour l’espèce, bien au contraire. Dans certaines espèces, du reste, la femelle tue et dévore le mâle après fécondation (dans la nôtre, hélas, c’est trop souvent le contraire) et les enfants (mâles) pratiquent toujours le meurtre du père. D’où ce conseil ubuesque : si vous voulez survivre, ne faites pas d’enfant…

Ou bien alors faites-vous refroidir (cryogénie), à tout le moins cela vous empêchera de nuire. En attendant, l’adjectif « mortel », substantivé (« les mortels »), reste synonyme d’homme, pour le distinguer des dieux et, par abus de langage, des Académiciens français.

En toute logique, on devrait donc se tourner vers la nature pour découvrir les secrets de la longévité ; mais dans notre monde numérique on préfère expulser le vivant et la chair périssable d’univers virtuels qui ne connaissent que la matière et l’esprit (ou plutôt le calcul). Les corps qu’on y expose (sur écran) sont inodores et sans saveur ; et ni le « digital » ni le « tactile » ne permettent de les toucher ! Au fond, en dépit du porno sur YouTube, le numérique est platement puritain, ce qui n’est pas pour surprendre non plus, sachant d’où il vient…

On semble néanmoins s’intéresser à nouveau aux animaux et même aux végétaux, et pas seulement pour leurs vertus nutritives ou ornementales : on (re)découvre leur intelligence naturelle, leurs stratégies vitales ; on finira peut-être par s’aviser que la technique, présumée humaine exclusivement, n’est qu’une laborieuse contrefaçon de la technologie naturelle.

Technique versus Nature ? La voie des bio-technologies est peut-être la plus prometteuse…


Références

PS. La revue Médium a consacré une partie de son dernier numéro (M60-61 « La mort et après ») à l’immortalité.



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