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Résistances ?

Entre le cloître et le Cloud : piéger le système ?

Paul Soriano, 6 septembre 2021

Modifié le : 18 septembre 2021

Le plus surprenant, c’est qu’il puisse encore se trouver des résistants. Et pourtant…

À moins de se résigner au *cloître, antidote du Cloud, « où ni les feuilles ni les ondes n’entreront » (Paul Valéry), là où il n’y a plus d’opposants légitimes, plus d’ « autre », plus d’extérieur, en somme, la résistance devrait logiquement détourner le système, devenu « écosystème », exploiter ses failles et ses bugs, s’approprier ses ressources pour le combattre, comme le font déjà, pour leur part, les djihadistes… A l’inverse, mais cela revient au même, les bien-pensants parodient, mimétiquement, l’adversaire : on dévoile fiévreusement les complots des complotistes, on discerne le faux vrai du vrai faux, on tweete rageusement sa réprobation des réseaux sociaux. Toujours en boucle : le mouvement Woke « anti-Blanc » est en fait anti-occidental, attitude typique de l’Occident.

Et si le système était porté à s’autodétruire, ironiquement ?

Il se trouve en tout cas exposé au banal syndrome de l’apprenti sorcier, surtout lorsqu’y sévissent des sorciers du code, *hackeurs et autres hacktivists  ; ou ce terrifiant agent de propagation appelé « virus » : virus naturel, informatique, infodémique ou idéodémique (qui affecte l’information et les idées), tel le #hashtag. Le coronavirus tue les gens mais déconstruit aussi des impostures : les « experts » suffisants (mais insuffisants), la « start-up nation » démasquée, l’Union désunie, la mondialisation et son impératif catégorique de libre circulation ébranlés… Et si le confinement a banalisé l’usage des outils numériques et du télétravail, il a aussi révélé quels sont les jobs vraiment indispensables dans notre techno-société – tout le contraire des bullshit jobs.

L’entreprise de conditionnement par les industries culturelles fonctionne à plein régime mais les résultats ne sont pas à la hauteur des ressources mobilisées ; ses excès et ses ridicules feraient même douter ses partisans les moins suspects de dissidence ; et la censure exercée par les détenteurs du monopole de l’opinion légitime témoigne de cet échec. Naguère unanimement encensés, les réseaux sociaux sont aujourd’hui systématiquement vilipendés mais, à défaut de démocratie participative, ils jouent, quoi qu’on dise, un rôle de contre-pouvoir, et ceux qui les dénoncent en font eux-mêmes usage, massivement, à l’image des médias. Les entreprises de « rétablissement de la vérité » (facts checkers, désintox, decodex, « le vrai du faux »…) trahissent surtout la panique des faiseurs d’opinion autorisés.

Sinon, il nous reste une arme bien partagée de destruction massive des bobards et calembredaines : le sens commun, capacité de jugement dans l’ordre de la vérité, mais aussi de la pratique, de la morale, du goût, de la politique, etc. De manière significative, il n’a plus trop la cote, assimilé à l’opinion « vulgaire », « populiste ». Dans son sillage, pourtant, le réalisme est de retour : en philosophie avec l’affirmation d’un courant néo-réaliste et dans les sciences naturelles avec le regain d’intérêt pour la vie *animale (le pré-humain, antidote au post-humain ?) sinon l’animalisme ; et, dans la cité, avec le retour d’autres réalités [1] résilientes  : les identités, la politique, le religieux, la nature, etc.

Le « siècle vert », promet Régis Debray ? Il était temps ! En dépit des extravagances de certains édiles (tous métropolitains !), le souci écologique va dans le même (bon) sens, et ces lubies sont bénignes, après tout, comparées à la folie furieuse qui détruit la planète : on peut bien se moquer de Greta (Thunberg), elle est un avatar de l’enfant qui dit que le roi est nu, et l’enfant-star est aussi un produit du système.

On aurait préféré un meilleur exemple de mise en échec de l’hégémonie que le retour des Talibans à Kaboul : il reste qu’une bande d’étudiants (talib en arabe) a tour à tour vaincu deux superpuissances, avec peu de hard power (emprunté au système) et un soft power archaïque mais tenace. Dans un tout autre registre, le pauvre « chatbot raciste » de Microsoft, s’est laissé piéger par des interlocuteurs (humains) malveillants : c’est tout aussi déplorable, bien sûr, et là encore on aurait souhaité plus édifiant, à l’instar de la passionnante disputatio qui oppose des universitaires au chatbot philosophe de Pascal Chabot.

Mais du moins est-il avéré que l’on peut encore piéger les puissants. Et les robots…

Notes

[1« La réalité ralentit les échanges » (Baudrillard).



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