« Et si je me trompe, je sais que vous me corrigerez » (Jean-Paul II)

Visiteurs connectés : 2

Accueil > Les temps qui viennent > Homo Ludens > Liberté, égalité, inimitié

20. Homme nouveau

Liberté, égalité, inimitié

Les autres, c’est l’enfer…

Paul Soriano, 30 septembre 2021

Modifié le : 30 septembre 2021

Liberté, égalité, fraternité ? Ce n’est pas la solution, hélas, c’est le problème ! L’enfer c’est les autres ? Sauf, paradoxalement, lorsqu’ils sont vraiment différents, et pas des alter ego, toujours faux-frères et frères ennemis.

À défaut d’être remarquables, des hommes libres et égaux, des alter egos, peuvent-ils du moins être des frères ? Hobbes pense que non, et René Girard itou : au mieux des rivaux, au pire des ennemis mortels. L’abolition des privilèges déchaîne la guéguerre de chacun contre tous : liberté, égalité, inimitié. Comment faire d’un tas un tout ? Entre violence et bons sentiments, on n’a pas encore trouvé la bonne réponse…

La société des égaux (égaux à quel plus petit commun dénominateur ?) est une société des alter ego : comment faire de ce tas un tout ? Entre violence et bons sentiments, la médiologie suspecte que l’entreprise requiert un « transcendant » – disons le mot sans fausse pudeur : un supérieur hiérarchique… Sinon, les autres c’est l’enfer, faux-frères et frères ennemis, toujours à comploter – et entre frères et sœurs, ça ne se passe plus très bien non plus, aux dernières nouvelles. On connaît bien une exception, mais c’est celle des frères d’armes : la guerre est le prix à payer, et la guerre, on le sait, est devenue hors de prix

Si la politique est l’art de s’affronter de manière civilisée, pas étonnant qu’une ère post-politique débouche sur la guéguerre de tous contre tous : un asile contrôlé par ses patients (*Zombies) ?

Demi-frères : concitoyens, camarades, compagnons…

À défaut de vrais et de faux-frères (Caïn et Abel, Remus et Romulus…), on optera pour « camarades », mais le terme désigne des voisins de chambrée (caserne ?) : c’est pourquoi les Italiens de gauche ont choisi « compagnon » (qui partage le pain, à table plutôt qu’en chambre) et abandonné camarade (« camerata ») au fascisme : des frères (Fratelli d’Italia) mais des frères d’armes, d’où cette passion pour la guerre.

En France, compagnon est préempté par les gaullistes (compagnons de la Libération). Pire : c’est devenu un euphémisme pour dire concubin(e), alors même que « camarades » (ceux et celles qui couchent ensemble) serait plus approprié…

Pour faire lien à gauche, ou plutôt « vivre ensemble », mais déliés, il y aurait bien le « socialisme », mais là encore c’est plutôt le problème que la solution : « le socialisme est l’individualisme logique et complet » (Jean Jaurès). Retour à la case départ !

Reste la solution libérale, ni frères ni camarades, contractants (du « contrat social »), échangistes dans une société de marché. Hélas, on sait bien que les désirs ne sont pas complémentaires (dans l’harmonie) mais mimétique (dans la rivalité avec l’alter ego). Ajoutons qu’entre individus libres et égaux, rien ne peut légitimer d’obscènes inégalités de fortune, sinon de fumeuses arguties sur le « mérite »… qui se mesure justement par le montant de la fortune acquise !

Le moment fraternité

Sinon, la fraternité, en effet, n’est qu’un « moment [1]  ». Le reste du temps, les citoyens vaquent à leurs occupations, travail, famille, etc. Ce sont au mieux des intermittents de la République. La nation, un plébiscite de tous les jours (Renan) ? Oui, mais on ne plébiscite pas tous les jours. Le nous, j’y pense et puis j’oublie. Seuls les politiques et quelques intellectuels ne pensent qu’à ça… Les autres, il faut périodiquement leur rafraîchir la mémoire.

En période révolutionnaire, le traître est moins celui qui pactise avec l’ennemi extérieur (éternel « parti de l’étranger ») que le citoyen à temps partiel, ennemi de l’intérieur, intermittent de la nation. La Terreur entend remédier durement à cette distraction.

Résumons : ou la famille ou la religion et la fraternité communautaire ; entre les deux, la société holiste, hiérarchisée : à défaut d’égaux, des pairs… Ou bien la guerre, les frères d’armes soudés par l’ennemis. Et sinon, des « bricolages » et des discours édifiants, démocratiques ou républicains.

Deux extrêmes : totalitarisme, on vous forcera à être frères, après vous avoir obligés à être libre (Rousseau) ; Facebook « amis de tous les pays connectez-vous ». Deux formes d’asservissement, hard ou soft, le premier coercitif, parano et coûteux, le second volontaire, bienveillant et… lucratif. Vous préférez Jupiter, Staline, petit père des peuples (pourquoi « petit » au fait ?) ou grand frère (Big Brother), c’est selon… Ou bien l’ami Zuckerberg ?

Logo. Jean-Pol GRANDMONT (2011), CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/ind…

Notes

[1Régis Debray, « Le moment fraternité ».



Envoyer un message